Edward Steichen – Photo Poche, Atelier EXB, Exposition Arles

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© The Estate of Edward Steichen / ADAGP, Paris 2026

Un simple tournesol, fané, dans un vase blanc cassé. Rien d’autre. La myriade des grains attire l’œil, évoque une géométrie parfaite.

Tout est là, peut-être, dans l’évidence de choses sans importance.

Alors qu’une exposition lui est consacrée à Arles, deux ouvrages mettent en avant la particularité du travail d’Edward Steichen et l’importance capitale qu’il a eue dans la photographie : un Photo Poche aux éditions Actes Sud, et à L’Atelier EXB La nature en scène, catalogue augmenté de l’exposition arlésienne.

Il faut revenir dans la touffeur d’une soirée arlésienne au théâtre antique. Ariana Stahmer, arrière-petite-fille de l’artiste, évoque la mémoire de son aïeul. À l’écran, derrière elle, défilent des images. Des fleurs. Des moments de grâce familiaux. Des amitiés. Edward Steichen n’était pas qu’un photographe.

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© The Estate of Edward Steichen / ADAGP, Paris 2026

L’homme cultivait son jardin, réfléchissait à l’avenir, à l’impact de ses activités sur la nature. Il menait une vie sans esbrouffe. C’est ce que l’exposition en cours à la Mécanique Générale met en lumière. Les fleurs recouvrent les murs. Des arbres. Une sauterelle repose sur un épi de blé. Deux arbres, un pin et un pommier, deux enfants… Le monde est figé. Parfait. L’exposition évite le pléthorique et invite à la contemplation, à une sorte de recueillement. Dans un angle, un film. De l’eau, un arbre en fleur. Vertige des heures, du silence. Fixité de l’image. Steichen saisit ce qui est, un simple amélanchier (The Shadblow Tree), avec patience et opiniâtreté.

Invitation à prendre son temps, à vivre plutôt qu’exister. 

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L’ouvrage proposé par L’Atelier EXB reprend les images de l’exposition. Mais de nombreux textes (Francesca Calderone-Steichen, Luce Lebart, Paul Lesch, Sarah Anne McNear, Ruud Priem, Florence Reckinger Taddeï) éclairent le parcours, l’œuvre et la dimension singulière de l’artiste.

Fouillis de branches portant des fleurs, à l’arrière-plan, un ciel limpide. Il n’y a rien d’autre que ça, mais tout est là. C’est un printemps éternel, la promesse d’une renaissance, les fruits à venir. Deux portraits couleur de jeunes femmes cadrés serrés. Leurs chevelures sont masquées par des compositions florales. De son travail de photographe de commande (entre autres), Edward Steichen tire une sorte de quintessence construisant des images où le vivant, la nature sont mis en scène.

Nature morte, bouquets, gros plans sur les corolles, les pétales, les fleurs ont ici la part belle. Peut-être parce qu’en observateur inlassable, au regard acéré, le photographe n’a eu de cesse d’y déceler une sorte d’harmonie parfaite ?

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© The Estate of Edward Steichen / ADAGP, Paris 2026

Ne réduisons pas, toutefois, La nature en scène et l’exposition La nature d’Edward Steichen à ce qu’ils ne sont pas : de simples catalogues. Il y a une vraie trouvaille dans le regard porté : celui d’un homme qui, sa vie durant, n’aura eu de cesse de fouiller, de creuser son art par le prisme de la flore. Il faut se souvenir de cette exposition en 1936 au MoMA uniquement composée de photographies de delphiniums. Par-delà l’hommage au vivant, à la nature, la fascination du regard est le prolongement de la vie quotidienne.

Edward Steichen aimait la vie, ses proches, ses amis. Il marchait dans un jardin, cultivait. Les choses auraient pu s’arrêter là.

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Un étang entouré d’arbres ; ils se reflètent dans l’eau sous la lumière diffuse d’un clair de lune. Teintes un peu vertes, léger voile, l’image se rapproche de la peinture, peut-être James Abbott McNeill Whistler.

Un bâtiment futuriste fait de métal, de cercles, d’écrous géants, teintes gris sombre, presque noires, et partout des hommes habillés de blanc, minuscules. Est-ce un navire, un monument, un décor ? On ne sait. La scène a quelque chose d’intensément cubiste, surréaliste. On songe à Diego Rivera.

Entre ces deux images, plus de quarante années de photographies. Quarante années que le Photo Poche anime. Les choix éditoriaux opérés par Géraldine Lay offrent autre chose qu’un simple portfolio de belles images.

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© The Estate of Edward Steichen / ADAGP, Paris 2026

Alors qu’aux prémices de sa carrière Steichen prenait le parti d’une photographie pictorialiste, son style évoluera au fil des ans. Il balaie les différents registres, traverse les époques. Il apportera toujours – héritage peut-être de son amour pour la peinture – un soin extrême à la composition et ses photographies, même les plus anciennes, ont quelque chose de très moderne.

Sobriété, élégance, simplicité. Portraits posés, picturaux. Fruits dans une coupe, hommage implicite à Cézanne, buildings. Toujours ce sentiment que les choses les plus évidentes, les plus quotidiennes, portent pourtant leur part de beauté et d’immensité. La simplicité ne serait-elle pas la vraie modernité ?

Tout n’est-il pas présent dans ce visage en très gros plan, ces yeux fixes ? Sunburn, New-York, 1925 et pourtant si actuel.

L’œuvre est immense et a probablement influencé tous les photographes

Le Photo Poche révèle l’apport qui a été le sien, son influence : d’abord par la rigueur, ensuite par l’infinie variété de ses sujets, enfin parce que quelque chose d’actuel, un sentiment singulier et ténu de nécessité, habite ce qu’il produisait.

L’art de la simplicité, de la fragilité… C’est à cet endroit que se croisent les ouvrages, que vit l’exposition. Deux mains face à face s’élèvent vers le ciel, juste ça. Les heures n’existent plus.

Site de l’Atelier EXB

49€

Site d’Actes Sud-Photo Poche

14€50

L’exposition est en cours jusqu’au 4 octobre 2026 à Arles

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Frédéric MARTIN
Frédéric MARTIN

Frédéric Martin est chroniqueur et photographe. Il publie régulièrement des chroniques de livres de photographies sur son site 5ruedu.fr

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