Quand vient la nuit – Fabrice Catérini

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©Fabrice Catérini

Une main tendue devant soi, une foule au loin, la pénombre : une incitation.
Noir et blanc granuleux, charbon. Images morcelées. Successions de moments, de fragments. La nuit est là.
Elle est un refuge.
Elle est un tombeau.

Torse nu, peau noire, lunettes grillagées, béret. Torse nu toujours, chaleur, la foule danse. La foule compacte, l’image est tremblée, superposée. Alcool, drogue, mouvement, fête.

Quand vient la nuit. Fabrice Catérini. Saetta Books.

Livre vertical, images à l’italienne : il faudrait presque le tourner. Le lecteur est dérouté, il ne faudrait pas que les repères soient trop évidents. Jaquette noire piquetée de points sur une couverture acier brillant : effet miroir et stroboscope. La maquette est très soignée, pensée.
La nuit agite autour d’elle ses lumières, ses vibrations. Fabrice Catérini a plongé en elle, des années durant.

« Tempo is everything. »

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Il a traversé celle-ci de part en part, d’heure en heure. Addictions, bruit. Un homme agenouillé est entouré, attaché par des tissus serrés. Son corps nu tranche sur le fond blanc. Tout est possible, les mains, les bouches ; il n’y a plus de morale, de règles, de conventions. La liberté prend la forme qu’on lui donne.

Noir et blanc toujours et encore, charbon, grain : la nuit est âpre, rugueuse. Les corps ne peuvent que s’y frotter, laissant des peaux mortes, des fragments, des douleurs.
Mais on y revient sans cesse, encore et encore, cherchant dans la Trinité alcool, drogue, épuisement, un réconfort.

Grand jour, pleine lumière. La nuit est abolie. Une main tient une rose. Mise au point faite sur l’arrière-plan, le fleuve qui s’écoule ; Lyon paisible, loin des excès, convention d’un monde lisse.
La rose est floue.
Quelques photos de plateaux-repas, c’est triste et morne. Self étudiant ou hôpital ? On ne saura pas. La nuit laisse des douleurs et dans une main des cachets : paradis artificiels, voyages interstellaires à bon compte.

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©Fabrice Catérini

Mais le jour est là, inexorable : un champ enneigé et morne, la rectitude d’une route infinie, un bâtiment en ruine. Le photographe a vécu ça : l’ascension et la chute. La redescente brutale et la réalité qui heurte les sens, brûle les yeux.
Il n’y a plus de joie, de sons circulaires, de cagoules et de sueurs. Alors, il faut y retourner encore et encore, dans les caves interlopes, tendre un joint, une clope.

Mais ça devient un fardeau. Les images cèdent. Un voyage, des palmiers, un baiser ; un vrai baiser d’amour et de tendresse.

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©Fabrice Catérini

« C’était l’histoire d’un homme qui avait traversé une rivière de merde et en était sorti lavé de tout. »
C’est peut-être ça. Ou autre chose. La prise de conscience de ce qui s’apparente à une fuite en avant, la vision d’un mur qu’on s’acharne à vouloir casser avec la tête.
Ça n’est pas que ça, non. La joie n’est pas que fictive et chimique. La nuit n’est pas qu’une chute. Elle a su accueillir aussi.
Ambivalence : que faire de ce qu’on vit quand ce qu’on vit est aussi délétère que fantastique ?
Des photographies pour essayer de garder une trace, une mémoire. Des photographies qui révèlent aussi le paradoxe : ce qui vous anime est ce qui vous détruit.

Il y a eu Orphée, des enfers. Mais cette fois-ci, personne ne s’est retourné. Ou alors le voyage a été fait à reculons pour pouvoir affronter ce qu’il y avait à affronter.

Quand vient la nuit.

Site de Fabrice Catérini

Site de Saetta Books

45€

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Frédéric MARTIN
Frédéric MARTIN

Frédéric Martin est chroniqueur et photographe. Il publie régulièrement des chroniques de livres de photographies sur son site 5ruedu.fr

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