
Tsunami Trees – Naoya Hatakeyama

Après Kesengawa (2012) et Rikuzentakata (2015), Tsunami Trees est le troisième ouvrage publié par le photographe japonais Naoya Hatakeyama aux éditions Light Motiv.
Ici, poursuivant son travail autour des conséquences du tsunami de 2011, il s’intéresse à la question des arbres.
« Avec une telle perfection qu’il me fit sourire malgré moi, l’arbre devant mes yeux me montrait clairement quelque chose de la catastrophe et de ce qui l’avait suivie. »
Ce quelque chose, c’est un noyer. Un arbre tout simple, élancé, planté au milieu d’une plaine où ne poussent que des herbes courtes et où coule une rivière. En arrière-plan, un viaduc routier enjambe l’eau. La lumière est dorée, assez douce. L’arbre ne vit qu’à moitié.
Sur sa partie gauche, les feuilles poussent, les branches abritent la vie. Sur sa partie droite, la sève ne monte plus.
Il est mort.

Cette image, sa douceur et sa fausse simplicité ouvrent le livre. Mais, implicitement, elle le conclut. Il y a ici une dissonance entre trois éléments : la vie, la mort et la présence humaine.
Les arbres furent arrachés, broyés, anéantis par la vague immense. Pourtant, certains résistèrent, devenant ainsi une sorte de passeur de mémoire. Il a fallu en abattre des milliers dans des opérations de décontamination. Et puis nettoyer les branches tordues, leurs troncs déchiquetés.
Pourtant, Naoya Hatakeyama est parti à leur rencontre. Ce faisant, il croise aussi des paysages en complet bouleversement, des espaces accaparés par l’homme. On construit, on élève des digues, des murs. Il est évident que ce qui s’est produit une fois peut recommencer.
Les arbres restent là. Anonymes.
Dans les couleurs vert-bleu du printemps, ils contemplent le riz en devenir.
Parfois, ils ne sont presque plus rien. Un tronc blanchi, comme les os des pendus de Villon. Le paysage est rectiligne, plat. Les couleurs chaudes de l’été sont autant de moments de douceur.
Il est difficile d’imaginer la catastrophe qui s’est produite en ces lieux.
De penser ce décor enseveli sous des milliers de tonnes d’eau, de boue, de déchets.
Les corps aussi.
Et pourtant…

La présence humaine n’est jamais loin. Quelques maisons blanches au loin, tandis qu’au premier plan un arbre, racines arrachées, baigne dans l’eau.
Depuis combien d’années est-il là ?
Est-ce qu’un jour il a vu la vague déferler ?
Travaillant à la chambre, le photographe est tributaire du rythme, de la lenteur. Il faut attendre le moment exact, l’heure propice, la lumière singulière.
Et de cette attente naît la confrontation, la pensée.
Les arbres vivent, meurent, parfois les deux en même temps.
Les saisons s’écoulent.

Il y a du vent, de l’eau, de l’air. Les territoires sont aménagés, peu à peu, dans l’idée de lutter contre la catastrophe si elle revient.
Quelle lutte ?
Celle des hommes ou celle du vivant ?
Les troncs, les branches, les feuilles n’ont pas grand-chose à voir avec ça. S’ils ont survécu une fois, peut-être survivront-ils une autre ?
On parle souvent, un peu de manière légère, de la sagesse des arbres. Un ouvrage comme Tsunami Trees apporte la profondeur nécessaire à cette phrase. Il nous pousse vers l’ambivalence de la vie et de la mort, l’équilibre fragile et incertain de la croissance et de la destruction.
Une route, à droite un talus sur lequel une pelleteuse mène des travaux. Un arbre droit, en bouquet. Une image parmi les autres…
Lequel durera le plus longtemps ?
45€



