Bienheureux les fêlés … – Françoise Lambert

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© Françoise Lambert © : « Bienheureux les fêlés, »

Quelque part au cœur du livre, un homme regarde des structures noires, énigmatiques, presque aussi grandes que lui. Il porte un chapeau melon, s’appuie sur une canne. Il a quelque chose de Chaplin, toutefois sans pousser la ressemblance exagérément.

Quelques pages avant, le même bonhomme, bras croisés, s’arrête face à d’étranges tubulures de métal peintes d’un vert criard. Bras croisés, tête inclinée, il contemple, perché sur des supports.
Le cadre de la photographie est restreint, contenant tout à la fois le décor et les interrogations qu’il porte. L’image ne laisse pas d’échappée, de hors-champ. C’est ici, entre les bords du format carré, que tout se passe.

Et il se déroule bien des choses…

Les photographies se succèdent. Parfois, une attitude ramène à Buster Keaton, ou au fantasque M.Hulot de Tati. Déambulation au cœur d’un monde silencieux, Monsieur H traverse une cité sans fin où se heurtent le réel et la poésie d’éléments disparates.

Qui est-il ? Où va-t-il ?

Mais est-ce la vraie question ?

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Bienheureux les fêlés car ils laissent passer la lumière titre Françoise Lambert en couverture de son livre paru chez Arnaud Bizalion Éditeur. Oui, bienheureux ce Monsieur H. (il s’agit de Pascal Hausherr au civil, photographe, et donc ici muse d’une certaine manière) qui donne une étrange lumière à un quotidien assez terne. Bienheureux, car c’est par lui que le monde se recrée.
Christian Gattinoni évoque, dans le texte accompagnant les images, la figure un peu oubliée du mime. De fait, les attitudes corporelles, entre absurde et poésie baroque, transportent le spectateur là où la parole n’est plus nécessaire, mais trop souvent empêchée.


Monsieur H ne serait-il pas le porte-parole d’une époque et d’un monde où la communication fait défaut ? Quand il est debout, le visage masqué par une bâche de plastique blanc, le toit d’un barnum en construction, difficile de ne pas y voir une métaphore de ce qui se trame dans les gigantesques métropoles. Rien dans cette image ne laisse place au son : bouche bâillonnée, absence d’autres personnes, incommunicabilité…
Mais les choses ne s’arrêtent pas là.

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© Françoise Lambert © : « Bienheureux les fêlés, »

Notre monde ne semble pas audible. Quand Monsieur H marche, regarde, s’arrête, contemple, il met en exergue les questionnements que nos propres quotidiens urbains peuvent soulever. Comme échappé d’une civilisation autre que la nôtre, il se heurte à quelque chose qui est aussi incompréhensible qu’indescriptible.
Entomologiste du quotidien, il se penche, scrutateur, sur des croisillons de bois, une bâche grise et noire. Le sol est marqué de peinture jaune en signes cabalistiques dont le sens échappe.

Parfois, l’étouffement saisit le lecteur. Les bords de l’image deviennent des barreaux. La ville inintelligible, oppressante, étouffe. Mais Françoise Lambert laisse alors au fantasque bonhomme des bouffées d’air.
Il cueille une délicate fleur rose de prunus, la porte à son nez. La scène, légère, aérienne, permet la respiration. On le voit discutant avec un personnage invisible. Il n’est pas fou. Simplement fêlé et Bienheureux les fêlés car ils laissent passer la lumière.

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© Françoise Lambert © : « Bienheureux les fêlés, »

Finalement, nos villes ne sont pas que des monstres bizarres ; elles sont, par la grâce de Monsieur H et de l’artiste, aussi des territoires d’émerveillement. Sa curiosité, son regard – presque celui d’un enfant – sont autant de mobiles pour essayer de s’arrêter sur nos banalités, pour en faire autre chose que de simples morceaux de béton, de plastique. Monsieur H, de dos, contemple des immeubles. Autour de lui, des arbres, de la verdure. La beauté ne serait-elle pas toujours un peu bizarre ?

Puis, une dernière photographie. Un mur vert. Des feuillages. Monsieur H. a disparu.

Site de Françoise Lambert

Site d’Arnaud Bizalion Editeur

28€

Relations presse : Olivier Bourgoin/Agence Révélateur

Site de Pascal Hauscherr

Autour du livre :

Françoise Lambert « Monsieur H – Bienheureux les fêlés »
Exposition en extérieur / Rennes du 1er juin au 31 septembre 2026
Visite de l’exposition en présence de la photographe mercredi 1er juillet à 18h
Rambla du quartier Baud-Chardonnet, bords de Vilaine
(face à librairie La Rencontre) 8 rue Georges Charpak – 35000 Rennes

Françoise Lambert, Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière
Signature / «Les Arênoises 2026 »
Book and prints Sales par Arnaud Bizalion Editeur
Jeudi 9 juillet 2026 de 13h à 21h30
12 rue Barbès – 13200 Arles

Françoise Lambert, Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière
Signature / Arles Books Fair – Stand Arnaud Bizalion Editeur
Vendredi 10 juillet 2026 de 17h30 à 19h30
Collège Saint-Charles – 2 rue de la Calade -13200 Arles

Françoise Lambert « Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière »
Visite-quizz de l’exposition sur la Rambla
Rencontre et signature Librairie La Rencontre
Samedi 26 septembre 2026 à 17h30
Librairie La Rencontre – 8 rue Georges Charpak – 35000 Rennes

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Frédéric MARTIN
Frédéric MARTIN

Frédéric Martin est chroniqueur et photographe. Il publie régulièrement des chroniques de livres de photographies sur son site 5ruedu.fr

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