

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

« Lorsque la fleur s’apprête à s’ouvrir, c’est avec une telle volonté que, malgré son apparente fragilité, aucune force extérieure ne pourra l’en détourner. » Rilke
Une jeune femme nage sous l’eau. Une rivière entre les arbres. Le temps. La plage, les galets et quelques fragments épars. Brumes.
Une jeune femme aux cheveux mouillés. Elle attend. Neige ; les arbres calligraphient leurs branches sur le sol.
Une jeune femme aux yeux fermés.
La surface de l’étang est gelée. Fleurs écloses, printemps, la rivière continue son chemin dans les brumes.
Une jeune femme encore. Le monde est quiet.
Juno. Déesse mère, fertilité, femme.
« Cela ne te donne-t-il pas le vertige
de tourner autour de toi sur ta tige
pour te terminer, rose ronde ? » Rilke

Les éditions Origini Edizioni n’ont de cesse de proposer des ouvrages conjuguant fond et forme, des objets de grande valeur et d’infinie beauté. Par la magie créatrice de Matilde Vittoria Larrichia qui s’occupe du design des livres, le travail artisanal remarquable d’Eugénia Koval, la maison d’édition portée par Ilias Georgidias s’impose comme une valeur sûre.
Juno, conçu à partir des photographies de Louise Honée, ne déroge pas à cette règle. Pochette ornée de délicates fleurs de cerisier au caractère japonisant, impression soignée sur des papiers différents, reliure japonaise, l’objet est d’abord graphique, délicat.
Juno ne reste pas qu’un bel objet, puisqu’il nous invite dans un récit délicat.
Qui est cette jeune femme qui traverse le monde ? Une réincarnation ? Une déesse ?
Juno, Junon ?
La matérialité des lieux, leur épaisseur silencieuse ouvre le mouvement. Déambulation. Ici, le temps n’a pas de prise, les saisons se suivent, immuables. Parfois, une branche se perle de brouillards matinaux, quelques canards glissent silencieusement.
Rien ne doit être oublié. La vie féconde jaillit. Des fleurs, des pétales ; la jeune femme deviendra peut-être mère, nourrira l’enfant-fille, la fera devenir à son tour un être lumineux, un éclat.
Comment dire le temps qui passe ? Photographier la mémoire et l’amour ? L’éclosion et la fanaison ? Comment parler de ces jeunes filles ?

Juno-Junon protège l’enfantement, offre la possibilité du souvenir et de la transmission.
Le petit être suit le cycle du monde : les fêlures et les peines, les joies infinies emplies de couleurs. Branches basses, feuilles déposées là, un cheval allongé attend. À chaque photographie, Louise Honée marche à la suite de l’enfant, la guide et l’observe devenir, émerveillée. Elle va grandir, être femme, devenir mère peut-être, amante, qui sait.
Réincarnation de Juno-Junon, elles portent en elles des souvenirs anciens, la vie et son cycle.

Par sa simple présence attentive au relief des choses, par la saisie de détails infimes, de fragments immobiles, l’artiste nous invite au-delà de la réalité visible.
Ses modèles deviennent des métaphores, des possibles en passe de se réaliser. La rivière porte ses eaux, ancre le décor. Quelques bourgeons, de jeunes oiseaux aux plumes duveteuses, les yeux perdus dans le vague de la modèle : les photographies deviennent des mythes.
Juno agit peu à peu : comme une mémoire sans fin, comme un ouvrage d’amour et de transmission.
60€
