

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

Il y a un monde sous le monde. La beauté des choses cachées. Une veste d’enfant rapiécée trouvée par hasard sur un marché aux puces d’un Japon crépusculaire.
Le monde tremble ; mage noir et blanc, la route s’effondre et laisse ses fragments de bitume comme des écorces sur une écorchure béante.
Pourtant, quelque chose reste. Une beauté sans nom.
Ce que les Japonais appellent wabi-sabi, peut-être ?
Alain Willaume est resté plusieurs mois en résidence durant l’année 2024 à la Villa Kujoyama. Il a patiemment exploré ce concept si éloigné de nos canons occidentaux. Le beau peut-il être usé, fatigué ? Le beau se retrouve-t-il dans l’apparente banalité d’un boro usé ?
Ce n’est pourtant pas que ça.
Pas qu’une simple question de traduire une philosophie en images.
C’est autre chose : un monde sourd, fuligineux, des paysages urbains dévastés, les corps contraints, la noirceur charbonneuse des images. Nul soleil. Mais le feu.

En publiant cet ouvrage, l’Atelier EXB nous invite à un voyage morne, silencieux.
Ce sont des vagues qui fracassent la côte sans un bruit, le visage flou d’un homme aux yeux tristes ; un Japon où le tragique se nourrit de ce qui est, où la singularité tient dans l’étrange attirance éprouvée pour un quotidien sans soleil.
Mélancolie, pesanteur inexprimable : beauté bizarre de troncs croisés, de flammes cérémonielles.
Au sommet de la montagne, des nuages agrippent le ciel, panache blanc sur le noir profond des pentes.
Un vieil homme tend la main, comme un refus, un signe raisonnable : il n’y a pas de photographie assez forte pour aller creuser dans la glaise des jours.
Si.
Celles d’Alain Willaume.

Impermanence. Pays de feu et de tremblements telluriques. Arpenter ses axes, ses villes, c’est aller chercher dans l’en-deçà de ce qui est convenu, c’est prendre le temps de faire ce pas de côté qui mène à la fin des routes, au bord des précipices.
« Nous regardons ces images toujours au présent d’une métamorphose incessante », note Ryoko Sekiguchi dans un texte qui accompagne le livre.
C’est peut-être juste ça. Accompagner. Suivre le balancement, sans cesse, ne jamais pouvoir s’arrêter sur une certitude.
Le flou des images est celui des mouvements, de la dérive, celui des plaques tectoniques sans cesse mouvantes.

On ne peut pas comprendre.
Vraiment pas.
Parce que nous ne sommes pas nés ici.
Malgré tout…
La beauté.
Une main surgit aux paumes noircies, salies. Photographie couleur. Saisissement.
Repartir, encore, aller au bout du bout du monde, traquer sans cesse par-delà les mers, les brumes.
Alain Willaume n’est pas d’ici. Au creux des vagues, derrière les lunettes d’un homme, il capte tout.
Il vit au présent de l’incertitude.
La beauté l’accompagne.
Alain Willaume / Tendance Floue
45€
