

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

Le sous-bois est baigné d’une brume lumineuse. Le temps n’a plus aucune prise ; reste la mémoire, le papier aux teintes crème, une époque sans âge.
Pâle. Pâle est le monde qui peuple les images de Gabrielle Duplantier, mais non de cette pâleur hâve des souvenirs enfouis. Plutôt celle d’une vie pleine d’éternité, où se tient quelque chose d’infini.
Origini Edizioni offre à ce corpus l’écrin qu’il mérite, en cinq cents exemplaires faits main. Papiers choisis avec soin, maquette à la simplicité baroque, calques cristallins, tout ramène au carnet ; ce carnet noir qui nous suit, porteur de nos joies et mélancolies, témoin de nos amours-désarrois.

Sur le lac, le jour passe. Le temps suspend son vol ; les heures, ici aussi, sont propices. Rêveries, marche solitaire, romantisme inquiet. Les mots de Pessoa accompagnent les photographies.
« Je suis le cours de mes rêves, faisant des images autant de marches pour de nouvelles images […]. »
Puis, il y a les portraits.
Femmes et enfants, ces figures qui peuplaient déjà les précédents livres de Gabrielle Duplantier.
Elles n’ont pas d’âge, ces femmes aux longues chevelures. Elles sont de l’éternelle jeunesse, du temps des mythologies.
Une archère foudroie le ciel, Artémis chasse.
Une barque porte la guide qui nous invite dans ces territoires sans âge.
Il faut la suivre, parler à la chèvre blanche sacrée.
Se taire ensuite.
Rêver.

Portraits encore d’enfants ; un parc enneigé. Le silence habite les pages. Reste le souffle léger d’un vent d’est, les respirations et le craquement des pas sur les sols de givre.
Pâle, après Volta ou Wild Rose, ancre les espaces de Gabrielle Duplantier. Il y a un univers qui lui est propre, qui ne ressemble à aucun autre.
Un monde hors du temps, où il n’existe aucun de ces artefacts qui nous font perdre le nôtre.
Juste la beauté, la fragilité, une douceur subtile et délicate. Où l’onirisme porte les germes de la grâce.
La force aussi. Parce que derrière la maison délabrée, les branches dénudées, il faut trouver quelque chose qui nous fasse avancer, un courage, des mots.
Des photographies.
La blancheur pâlie des images.

Ce n’est pas autre chose qu’une vie de brumes et de routes sans fin. Rien d’autre que des heures en compagnie de celles qu’on aime, qu’on admire et qui font preuve d’une puissance immense.
Carnet de voyage, peut-être. Carnet de soi surtout.
Ce n’est que plus tard, quand tout aura disparu, que les pierres seront devenues poussière, quand les heures chargées d’oubli auront accompli leur travail, qu’on se demandera ce qu’il reste.
Une jeune femme lève le bras dans sa robe de mousseline blanche. Par les vitraux, la lumière teinte les pierres. Un escalier invite à traverser la pénombre.
On ne sait si elle joue ou chante. Si elle déclame un poème ou récite la mémoire des disparues.
Elle est belle, et le temps est figé.
Pâle.
60€
