

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

Immobile, un enfant porte la main à son oreille, comme s’il voulait entendre le murmure sourd de l’océan. Image tremblée, noirs profonds, une prairie à l’herbe rase, plus loin l’orée d’un bois. Lumières diaphanes.
L’enfant écoute sa mémoire au creux de sa main.
Des photographies de montagnes aux pentes vertigineuses, la même texture, cette épaisseur d’encre, les nuages, la nuit du ciel.
C’est une quête, dès lors ; un voyage aux confins, sur un territoire sans limites, celui du souvenir, ou plutôt de la réminiscence.
La 7ème Vallée. Celle que Guillaume Noury arpente, bien qu’elle n’existe pas.
Livre étroit, tout en hauteur, comme un carnet de voyage ou une carte avec ses toponymies invisibles, ses oscillations — la maquette proposée par les éditions Sur La Crête est très réussie.

Le photographe traverse, explore ces vallées des Gaves pyrénéennes. Il y a passé l’enfance ; il doit en rester quelque chose d’autre que de simples souvenirs.
Des sensations ?
La buée couvre une vitre, on distingue une cabane. Puis, un vautour soupçonneux nous guette, et le crin des chevaux fige les éclats du soleil.
On marche.
Dans le bruissement feuillu des sous-bois, sur les pentes herbeuses des montagnes, on marche à la poursuite du temps d’avant, des odeurs, des peurs et des joies.

Ce n’est pas proustien. Pas le moins du monde. Ici, rien n’est réfléchi, pesé, soupesé, annoté. Non.
Le photographe quête des ressentis.
Zoé Cosson dans la très belle nouvelle (Par cercles concentriques) qui accompagne le livre écrit :
« Depuis mon arrivée dans ces montagnes, ce que je sais commence à fondre. »
Il n’y a pas de 7ème Vallée, il n’y en a que six. Et pourtant, la vérité se laisse désirer.
La mémoire a quelque chose de fragile et d’indécis. Elle se pare de lumières, de brumes et d’animaux fantastiques
Elle conserve des craintes, des bonheurs immenses, les pas des randonneurs et un œil de bête à la douceur singulière.
Caïn ne regarde personne, Abel non plus.
Pas de tragédies fratricides, pas de morts, de violences…
Juste ce qui fut.

« L’enfance dure tout au long de la vie » selon Bachelard.
Guillaume Noury a fait sienne cette phrase. Il sédimente son passé, le recrée, bâtit ce qu’il peut par le truchement des images.
Est-ce peu ? Gigantesque ?
Ça n’a pas d’importance, ce qui compte vraiment, c’est d’éprouver. Encore et encore. Ça se nourrit de riens et de choses sans fin, parce que la photographie change les perspectives, contraint à décaler son regard.
Parfois le flou, puis la netteté anguleuse d’une roche.
Parfois, le frisson d’effroi, l’eau ondoyante.
Puis, tout se rassemble, s’agglomère, devient une vérité ou bien une autre.
Guillaume Noury n’en brandit aucune.
Site des éditions Sur la Crête
35€
