

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

Le septième opus des Cahiers de la Maison François Méchain accueille les images de la photographe Marie Mons. Sa série Autoportraits est le fruit d’un travail à la fois de résidence dans le lieu charentais, mais aussi plus large. L’autoportrait est une constante au sein de son œuvre (voir Un sourire de Case-Pilote, par exemple) et il devient, au-delà de la représentation de soi, un questionnement identitaire.
Les images sont accompagnées de textes de Lucia Jalba, extraits de son essai intime écoféministe, Utopies insurgées.
Le cahier, comme à l’accoutumée, se présente sous la forme d’un livret assez grand, à la couverture cerclée d’un délicat bandeau blanc. Le nombre d’images reste limité et permet de plonger au cœur du projet.

Ouverture. Un espace vide tendu de tissus, de voilages, photographié en noir et blanc.
« Toute création exige un espace […] », note Lucia Jalba, reprenant le motif développé par Virginia Woolf dans son ouvrage Une chambre à soi.
Les voilages ont disparu. Une femme se dresse, drapée de blanc. Le fil du déclencheur court sur le sol. C’est Marie Mons, presque une madone au cœur d’une serre. Sa présence irrigue le lieu vide. Il y a elle, les tissus qu’elle porte, le lien comme un cordon qui la relierait.
Reliée à quoi ?
À qui ?
Les réponses ne sont pas une nécessité. L’autoportrait construit une personne, une représentation. Il fouille et creuse. Il apporte peut-être plus de questions que de réponses.
« Elle dit à l’homme, en lui caressant la main : “Nous vivons à l’ère des femmes.” »

Puis, plus loin, une image de jungle avec, devant, une rivière. Il y a Marie et une fillette. Double exposition, tremblement de leurs silhouettes.
Une image d’écorce aussi, aux couleurs singulières.
Le monde est en expansion. Jungle, feuilles, arbres, espace sauvage. La mère, l’enfant, les deux réunies par l’image, par les territoires.
Autoportraits comme une mise en abyme, un kaléidoscope.
« Être adulte ne lui avait jamais semblé être désirable. Alors qu’être un arbre, oui. »

Qui suis-je ? La mère, la femme, l’artiste ?
La forêt ?
Des branches aux teintes vénéneuses, jaune, bleu. Le lieu se démultiplie, l’apparence aussi.
L’enfant se baigne dans le fleuve avec le silence bruyant de la forêt. Nouvelle naissance. Baptême païen. Elle porte le poids de milliers d’années, de milliers de mémoires. Elle porte aussi l’avenir. Le monde, le vivant.
Elle est tout.
Transmission.
« Un seul enfant qui portera la racine et les bourgeons […] »
Il y a quelque chose d’immense dans ce que livre Marie Mons : un lieu, une vie, des passés et les méandres qui les accompagnent.
Il s’agit, peut-être, non seulement d’être, mais aussi de devenir et enfin de déposer. D’offrir ?
Les photographies ancrent, chevillent au monde, au réel, soudent. Pourtant, elles ouvrent et interrogent sans cesse.

Qui est-elle ? Qui est cette femme qui habite l’image, qui investit ces lieux ? L’œuvre ne propose aucune solution évidente puisque ces Autoportraits n’en sont pas uniquement.
Ultimement, il reste le fauteuil couvert d’un drap blanc, une dernière image. Le déclencheur posé là. Marie Mons a disparu, mais elle a laissé une empreinte indélébile.
Site de la Maison François Méchain
18€
