

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

« Voices voices in my head
Vibrations vibrations in my spine
Lying on my back
I let it all go
Low and away »
Le carnet est petit, bords brûlés, papier coton fait main comme jauni par le temps. Encre noire épaisse et dense, reliure : un fil rouge, fin, ténu. Un lien presque invisible.

Il y a cette première image : deux mains sur le sol, en contact avec le monde. Puis des fragments, un visage, de longues traînées noir charbon. Des mains, encore, des corps qui dansent, pulsation de la musique, sons acides, nappes enveloppantes. Les lumières éteintes d’étoiles traversent la peau. L’esprit s’élève, flotte.
Le slogan claque : on n’arrête pas un peuple qui danse. Encore moins dans le trouble actuel où la liberté devient une quête.
« In our post modern area made of chaos and confusion, so much confusion, Trancescribe is an attempt. »

Il y a trois carnets, chacun initialement imprimé à 13 exemplaires, puis réimprimé à 20. Trancescribe volume one Tune In, Trancescribe volume two Freak Out, Trancescribe volume three Fly High.
Trois carnets qui sont autant de traces DIY produites par Vodoo.
Chacun est vendu dans une petite pochette plastique zippée qui les protège des chaleurs, du vent et de l’infinie longueur de la route.
Ils ont survécu au voyage, à l’errance. Ils sont des témoignages autant que des palimpsestes. Traces noires encore et encore, lumières éclatées en fractales ; sweat à capuche, mur de son. La conscience modifiée se perd, vacille. La musique a bousculé l’âme, les produits aussi. Instable, vertiges, la trance s’empare des corps, ils vibrent. Les âmes s’élèvent, cherchent la transcendance.
Du chaos des nuits sonores, des BPM lancinants, Vodoo tire une substance, une œuvre. Ce n’est pas un documentaire complaisant sur les teufs, les teufeurs, avec ses sempiternels stéréotypes : camion, chien, dreadlocks.
Non, c’est bien autre chose.
La vie, le voyage, la musique en symbiose
Un visage aux yeux clos émerge d’un brouillard. Volume 3 : Fly High.

La danse n’est plus un simple moyen d’expression ; l’acte est viscéral et primitif. Il rappelle la nuit des temps, les cavernes. Il rappelle que l’humanité peut vivre en bonne intelligence, dépasser le quotidien morose.
Trancescribe. Transcrire en images, en quelques mots, des heures de mouvements, des moments d’élévation, la chute aussi qui arrive après la trance, la fatigue, les routes blanchies, les poussières des déserts. Traduire la noirceur inévitable qu’il faut affronter et l’éblouissement des nuits sans fin.
Comment y parvenir ? Comment dire ce qu’est le monde ?
Vodoo se place en passeur, scribe contemporain des mémoires anciennes.
Travail sans fin, sisyphéen, et pourtant il y a ça, trois carnets comme miraculeusement parvenus jusqu’à nous. Ils sont la mémoire de ce qui est, de ce qui fut : une proposition, une invitation.
Ils ne sont pas une justification.
