

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

La Maison François Méchain, lieu de résidence d’artistes en Charente-Maritime, propose aussi des cahiers photographiques, traces singulières des parcours artistiques des résident.es. Le sixième opus, Une possible traversée, invite à un voyage délicat dans les images de la photographe Clara Chichin.
Il y a d’abord l’objet : un grand format à la couverture cartonnée, entouré d’un bandeau de papier blanc où sont discrètement notés le nom de l’auteure et le titre. Délicatesse, un écrin avant les photographies sur papier glacé, en nombre restreint.
« Cette dérive suit un mouvement simple
— celui d’une attention au monde et aux présences qui l’habitent. »

Étendue d’eau, l’océan peut-être, dans les lumières scintillantes du soir. Léger décalage chromatique, le monde a ses propres teintes et il faut les percevoir, plutôt que les savoir.
Puis une femme allongée, yeux fermés : image en noir et blanc. Temps suspendu. Il y a quelque chose, peut-être, de l’ordre du bonheur profond, de la sérénité.
Rien ne se passe et pourtant tout est là. Bouquet de roses, image granuleuse, teintes violettes, fuchsia.
Image piquetée, orange, des buissons, des fleurs, des arbres. Il n’existe qu’un rythme, celui que l’on prend, celui des heures lentes.
Dérive, dit Clara Chichin. C’est presque un voyage immobile. Presque… Il y a des espaces à la géographie comme des continents, avec leurs écarts, mouvements et ralentis.
Des corps, noir et blanc encore, un enfant tenant dans sa main un oiseau, une mésange. La fragilité se tient là, juste là, dans ces instants fugaces, ces bonheurs infinis.
Un enfant, le même — un autre, qu’importe —, visage réfugié dans les mains de sa mère, d’une sœur, d’une tante…

Réminiscences, voyages.
Le monde est beau, fragmenté de lumière.
Il n’y a rien d’autre que ce qui est dans cette traversée sensible.
Et pour une fois, le mot n’est pas galvaudé ; les photographies font appel à ces sens qui nous animent.
Bruit du vent dans les futaies, saveur d’une caresse, on sent ici les fragrances balsamiques des feuilles. Le regard se pose sur des territoires minuscules, un cheval au pelage rude semble nous attendre.
Il ne faut pas, finalement, chercher à trop comprendre, décortiquer cet ouvrage. Il ne s’agit pas de ça. Au contraire, le cahier est d’abord une invitation, une proposition.
Tout est ici.
Tout.
Les nuages violines, la jeune fille nageant dans le miroitement de l’eau, les soleils enténébrés. Ce sont ces moments qui, par leur existence propre, font cette totalité que nous appelons « vivre ».

« Comment faire corps avec le paysage ? » note Nicole Vitré-Méchain en postface.
Comment être, simplement être dans une forme de présence absolue ?
Il n’y a pas de recettes magiques, d’expérience mystique, juste quelques arpents de territoire, des mains d’enfant, le vent.
Site de la Maison François Méchain
18€
