

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

Il y a des lieux comme des rappels, des espaces palimpsestes où, sans cesse, s’écrit la mémoire de la lumière, de l’eau.
Un enfant allongé avec une perche arc-en-ciel posée sur son torse, un nourrisson pelotonné entre les bras de sa mère, un hamac tendu, une fratrie songeuse et assagie.
La rivière est là, qui serpente, fil d’Ariane limpide : le petit s’accroche aux jambes, les cheveux ruissellent.
La vie, les images portent un été invincible.
Avec Remonter la rivière paru aux éditions de Juillet, Sébastien Erôme nous offre un songe éclaboussé de particules dorées. La postface, un long poème d’Anaïs Viand, interroge et bouscule les certitudes.
« Est-il plus aisé de photographier celles et ceux que l’on aime ? »

Les peaux nues, ces minuscules arpents, frissonnent sous le soleil de juillet, d’août. On tient dans la main un scarabée retourné sur le dos : des dieux pharaoniques veillent sur le monde, le temps n’a plus de prise. Le lézard au creux des doigts songe à sa liberté. Elle n’est pas loin.
Les trésors : une mèche de cheveux blondis, un collier avec un anneau, le sourire d’un nourrisson.
Remonter la rivière ? Prendre le temps d’écrire l’amour, le bonheur ? Penser à sa propre enfance, à toutes les enfances ?
Est-ce l’eau ardéchoise ? Ce pourrait être les immenses étendues altiligériennes, partout où nos mémoires nous portent, partout où des enfants peuvent jouer librement et faire confiance à la vie.
Ce que montre Sébastien Erôme est bien plus que des photos-souvenirs, quelques images d’été, d’enfants.
« Photographier, alors, ce n’est pas retenir.
C’est consentir à la dérive,
Faire confiance au courant. »

Dérive des sentiments, des amours, des lumières…
Une jeune fille fait l’étoile de mer, des blocs immenses ceinturent le lit du cours d’eau. On imagine, hors champ, le ciel bleu, peut-être un léger vent (des vaguelettes en témoignent), les crissements des cigales.
La liberté.
La sérénité.
Un instant infini.
C’est ainsi que devrait être notre monde : un havre. Il n’y a pas d’ombres ou juste celles consenties : des persiennes striées à l’heure de la sieste, une chevelure réinventée.
Ou alors une ombre.
Une seule.
Qui ne se dit pas.
Avec Remonter la rivière, le photographe touche à quelque chose d’intime. Témoigner de l’amour qui l’anime, de ce qu’il transmet, fait de lui celui qui consent à suivre le courant sans s’accrocher aux rives.
Père, gardien séculaire, passeur.
Il lâche prise ; ce qui reste est aussi fluide que les ruissellements sur une peau.
35€
