

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

On ne saluera jamais assez la créativité et l’inventivité de Matilda Vittoria Larrichia et Eugenia Koval qui œuvrent à la conception des ouvrages proposés par la maison d’édition Origini Edizioni.
Patchwork Garden du photographe ukrainien, vivant en Allemagne, Ruslan Hrushchak ne déroge pas à cette règle. Couverture tissée de feuilles aux tons automnaux, papiers aux différentes textures, l’objet se rapproche plus du carnet ancestral, du grimoire familial transmis de génération en génération que du simple livre photographique.
Les images, presque essentiellement en noir et blanc, développent un récit singulier d’amour et de vie, une méditation.

Une roulotte entourée d’arbres. C’est un cocon, un nid, où des enfants jouent. La vie autour tourbillonne, la nature bruisse de mille sons : des oiseaux peut-être, le craquement des herbes sous les pas, des rires et des cris. Une femme et une fillette dressent un totem de bois. Les enfants sont là, le monde est à eux, infini, sauvage et vivant. Comme l’écrit Ruslan Hrushchak : « Notre famille est un Patchwork Garden vivant. »
Tout ici est relié, exactement semblable et complètement différent. C’est exister au sens le plus noble du mot.
Patchwork Garden ne cesse de surprendre à la lecture. Au premier abord nous découvrons un lieu, une famille. Une histoire à la simplicité évidente. Pourtant, peu à peu quelque chose se dessine qui devient un récit dans le récit. Là où nous ne pourrions voir qu’un territoire et ses habitants apparaissent d’autres dimensions. Il y a l’ode à la Nature dans sa majesté, l’hommage à cette petite parcelle de monde où se jouent tant d’histoires. Il y a aussi le lien indissoluble entre les membres de la famille.
Ruslan Hrushchak par la subtilité de ses photographies, par leur construction, relève avec acuité toute la polysémie des espaces qu’il habite, des êtres qu’il côtoie.

On se sourit et on se dispute. On grandit en jouant, mais parfois la fatigue rend bougon. Les heures passent, les végétaux poussent, des araignées tissent patiemment leur toile. C’est juste ça, mais c’est tout ça.
C’est peut-être ce que nous pourrions nommer la Vie ?
Car qu’est-ce que vivre si ce n’est suivre les saisons, contempler avec joie nos enfants qui grandissent ?
Cet ouvrage est bien plus qu’une simple histoire de famille. C’est un condensé d’exister. Nous avons tous, toutes, des endroits comme ce jardin auxquels nous accordons une importance capitale. C’est une maison, une ville, un parc, une plage, et tant d’autres territoires portant des mémoires inouïes.
Or, l’auteur en faisant sa propre synthèse, en menant ce projet si personnel, nous ouvre des perspectives infinies. Prenons-nous vraiment le temps d’exister avec ceux que l’on aime, là où on les aime ?

Rien n’est moins sûr. Le travail, les obligations, nous ramènent sans cesse en dehors du lieu et de ceux qui le composent. Le photographe, Thoreau des temps modernes, fait ce pas de recul, d’une impérieuse nécessité. Son territoire n’est pas un étang, mais il y retrouve la même sérénité, le même rapport aux autres que le penseur. Il est, plutôt que de chercher le bonheur ailleurs que dans l’immédiat.
Patchwork Garden. Le titre résume si bien tout ce que cette association a de différences et de similitudes.
Ruslan Hrushchak a su en extraire un condensé, construire une trame aussi serrée et indestructible que dissemblable.
C’est la famille, ses individus. C’est le jardin et ses écarts. C’est surtout la beauté immense, la joie et l’amour qui relient tout ça.
Site de Ruslan Hrushchak
70€