

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

Les textes évoquant précisément l’œuvre de Stéphane Duroy sont plutôt rares. La discrétion du photographe, son refus du bling-bling, tu m’as-tu-vu y sont probablement pour beaucoup. Toutefois, pas de regrets à avoir puisque quand un ouvrage paraît traitant de lui, il ouvre forcément d’intéressantes perspectives.
La collection Pour dire une photographie (sous la direction de Serge Airoldi), publiée par la maison d’édition rochefortaise Les Petites Allées, s’enrichit d’un titre où le critique Fabien Ribéry est le diseur d’une image duroissienne.
La photographie choisie, Tala à la fenêtre, introduit avec précision l’espace dans lequel évolue le photographe. Ce n’est pas un hommage, même si ça en est un aussi, c’est une leçon.
La photo a été prise en Tchécoslovaquie ; l’épouse du photographe se remaquille devant une fenêtre. Au loin une ville dont on ne devine que des contours incertains. Partant de la simplicité de cet instant fragile, le texte développe peu à peu ce qui fait la force des images de Stéphane Duroy. Photographe de l’humanité, et non humaniste — la nuance est de taille — il a construit une œuvre qui concentre à elle seule tout ce que le XXe siècle contient de folies, d’absurdités, de violences sans fin. L’Homme bringuebalé, transporté, massacré, déporté, nié dans son existence ne peut que subir les coups de boutoirs de la violence totalitaire ou de la barbarie guerrière.
Il n’y a plus d’humains, mais des nombres, et ce sont les décomptes macabres des charniers.
Pourtant, une femme se remaquille.
« Le visage de Tala dans sa halte tchécoslovaque est la réponse de Stéphane Duroy à la mort de Dieu. »
Voilà. Tout est dit.

C’est parce que des mots, des photographies nomment l’innommable ; parce qu’un jour un homme exprime tout son amour pour une femme dans le dépouillement d’un pinceau qui orne des cils, que tout est possible.
Fabien Ribéry ne se contente pas de dire une image. Il crée un univers, il circonscrit toute une œuvre. Par ce texte court, les travaux de Stéphane Duroy deviennent la mémoire d’une époque et l’opuscule en est l’exégèse.
Chaque ligne ouvre en grand la compréhension d’un parcours construit sur cinquante années. Il n’est pas nécessaire de discourir sans fin, semble nous dire le critique. Au contraire, aller à l’essentiel, au singulier, à ce qui est. Repenser et relire les aînés, Brecht et Nietzsche.
Tala à la fenêtre devient une nécessité justement parce qu’il est bref. En quelques pages tout est écrit. Reste aux lecteurs à s’en emparer, surtout à percevoir la nécessité vitale d’un tel ouvrage dans les temps troublés et mortifères qui sont les nôtres. Toutes les portes d’entrée sont importantes pour comprendre une œuvre ; celle-là sans doute encore plus.
L’intervalle le blog de Fabien Ribéry