Le Nom du pays – Sirine Majdi-Vichot

Sirine Majdi-Vichot, Le Nom du pays, Tunisie, chronique, livre, photographie, 5ruedu, mémoire, famille, exil, père, retour, Frédéric Martin,
©Sirine Majdi-Vichot

En couverture de son ouvrage Le Nom du pays, Sirine Majdi-Vichot note : « Je descends de l’avion et pour la première fois tous les hommes ressemblent à mon père. »
Imprimé par l’atelier ardéchois Long Processus, ce livre convoque exils, mémoires et racines. C’est un voyage retour vers la terre paternelle, vers le pays où vivent encore des ancêtres : la Tunisie.

Tunisie entre rêve, réalité.
Tunisie passé-présent.
Tunisie où la photographe et écrivaine va à la rencontre de ses aïeuls, à sa propre rencontre.

Sirine Majdi-Vichot, Le Nom du pays, Tunisie, chronique, livre, photographie, 5ruedu, mémoire, famille, exil, père, retour, Frédéric Martin,



Des photographies d’archive — quelques portraits scannés, une femme dans une robe noire à pois blancs, derrière elle on devine des oliviers. D’autres encore : un homme dans une voiture, une famille et des enfants. La joie inonde les visages.
Des images récentes, contemporaines — des tombes, des points d’eau, une jeune femme de dos regardant au loin. La ville, un corps allongé, de la nourriture, des intérieurs …

 « Je rêve d’une souche dans laquelle pousse un nouvel arbre. »

Le silence habite les lieux comme s’il imposait sa marque.

Le Nom du pays est ainsi : voyage sans fin, aller-retour où s’entremêlent l’inconnu des origines tunisiennes et un sentiment ténu de déjà-vu, déjà là.
Oui, les hommes ici ont tous le visage de son père.
Oui, ici ce qui n’est pas une évidence le devient.
Reste, pourtant, quelque chose de l’ordre d’une douleur sourde, d’une fragilité infinie.

Sirine Majdi-Vichot, Le Nom du pays, Tunisie, chronique, livre, photographie, 5ruedu, mémoire, famille, exil, père, retour, Frédéric Martin,
©Sirine Majdi-Vichot

Le travail de Sirine Majdi-Vichot n’est, en définitive, pas la recherche d’une compréhension. Il ne semble pas y avoir ici d’histoire cachée, d’événement traumatique qui habiterait le passé.

Sauf que c’est un pan de sa vie qu’elle ne peut se cacher.

Des ancêtres sont venus en France pour le travail, une vie autre, si ce n’est meilleure. Tout ceci est impossible à occulter, même si au quotidien la Tunisie n’est qu’un pays lointain, sans réelle substance. De cette dichotomie naît un morcellement, une fracture.
Ces voyages vers le pays du père deviennent des tentatives de (se) construire, entre images d’archives, photographies actuelles et textes, un récit familial.
Qui sont ces femmes souriantes ? Dans quelles tombes dorment-elles maintenant ? Ont-elles aussi vu pousser des arbres si vieux qu’ils étaient là bien des générations avant ?

Le temps perd peu à peu sa substance et l’espace qu’explore l’artiste devient polysémique. Il relève d’un avant immémorial, de lignées se perdant dans des lieux aux mémoires infinies.
Il n’y a pas un souvenir, un passé, mais bien des multitudes.

Sirine Majdi-Vichot, Le Nom du pays, Tunisie, chronique, livre, photographie, 5ruedu, mémoire, famille, exil, père, retour, Frédéric Martin,



Construire un album familial devient un travail complexe parce qu’il s’agit de faire exister ce qui n’était que latent, en devenir, ou de révéler ce qui était oublié.

Le livre ne se limite donc pas à un voyage en ces lieux où vivent encore celles et ceux qui n’ont pas choisi la voie de l’exil. C’est un voyage au cœur de Soi.
Nous avons tous, toutes, nos propres racines. Celles-ci nous sont parfois connues, et il est plutôt facile de les suivre.

Sirine Majdi-Vichot, Le Nom du pays, Tunisie, chronique, livre, photographie, 5ruedu, mémoire, famille, exil, père, retour, Frédéric Martin,



Mais, à travers le monde, nombreux, nombreuses sont les hommes et les femmes dont les parents ont dû partir. Cette rupture dans le continuum familial ouvre des brèches, parfois des gouffres, obligeant les enfants à faire un grand écart aussi bien culturel que mémoriel.
L’œuvre de Sirine Majdi-Vichot insiste sur ce point. Le mélange des photographies d’hier et d’aujourd’hui laisse poindre cette fragilité qui est certainement partagée par bien des descendants d’immigrés.
L’autrice offre aux autres la possibilité d’en faire de même.

Sirine Majdi-Vichot, Le Nom du pays, Tunisie, chronique, livre, photographie, 5ruedu, mémoire, famille, exil, père, retour, Frédéric Martin,
©Sirine Majdi-Vichot



Le Nom du pays est un ouvrage courageux. D’abord par ce choix fait de l’autopublication d’un récit très intime. Ensuite, parce qu’il met en exergue ce qui habite probablement une partie des enfants des deuxième, troisième générations.
S’inscrivant dans un ensemble d’ouvrages sur les racines et leur quête, il questionne cette dimension de manière poétique et délicate, sans pathos. Et c’est l’essentiel.

Site de Sirine Majdi-Vichot

Partagez :
Frédéric MARTIN
Frédéric MARTIN

Frédéric Martin est chroniqueur et photographe. Il publie régulièrement des chroniques de livres de photographies sur son site 5ruedu.fr

Newsletter

Saisissez votre adresse e-mail ci-dessous et abonnez-vous à la newsletter