

5, Rue du
Chroniques littéraires & photographiques

Chroniques littéraires & photographiques

Le quartier de Via Silva (Rennes) est un territoire en mutation. À l’origine constitué de terres agricoles et de pâturages, il est en train de devenir un espace, surgi ex-nihilo, dévolu à la tech. Le photographe Jean-Christian Bourcart a arpenté ce lieu lors d’une résidence proposée par Les Ailes de Caïus. Mais loin d’en faire une recension pour la recension, il a livré ses images à l’IA générative pour proposer un autre paradigme où le vrai et le faux, le passé et le futur se mêlent. Son travail a fait l’objet d’un livre photographique intitulé Une époque formidable paru aux éditions de Juillet.
Comme l’écrit Jean-Christian Bourcart en préface de son livre : « Un photographe parcourt la campagne aux alentours, vibrant de la vie printanière.[…] C’est un travail simple d’enregistrement de sa présence à ce moment-là. Puis, il modifie certaines images avec les nouveaux outils de remplissage génératif algorithmiques, ancêtres primitifs de TaraTata (un peu comme les têtards furent à l’origine des humains.), […] » TaraTata, cette IA, érigée presque en divinité du futur, ne veut-elle que notre bien ? C’est là toute la structure d’une réflexion à construire.

Un sanglier fouille le sol à l’ombre de tours futuristes de verre et d’acier. Dans la campagne, des vaches paissent tranquillement. Les feuillages des arbres oscillent entre ton vert ou rose. Les humains traversent des territoires où les ensembles architecturaux prennent des allures de totems technologiques. On vit là, à l’ombre des robots ou en leur compagnie. Les corps mutent, les espaces s’inventent au fur et à mesure que les Intelligences Artificielles les façonnent. Ce sont des mondes possibles, un demain en devenir.
Une époque formidable, au titre ambiguë et ironique, nous invite à penser le futur dans son actualité. Via Silva bouge, change, se bouleverse. Les humains, les végétaux, les animaux prennent part à cette transition et le travail de Jean-Christian Bourcart ne propose pas de réponse évidente et immédiate. Ses photographies et les transformations générées par l’IA sont autant de peut-être.
Que nous réserve demain : symbiose ou domination ?

Nul ne le sait. Nous vivons une période de changements majeurs, parfois brutaux, dont nous ne maîtrisons pas vraiment les conséquences. Là où il y a peu des herbivores broutaient tranquillement, les hommes dressent les nouvelles cathédrales de la Tech. Ce n’est ni bien ni mal pour le moment. Et c’est ça que les images d’Une époque formidable révèlent. En effet, comme on ne sait pas toujours lesquelles ont été truquées, modifiées, l’incertain et le doute nous saisissent face à la réalité à venir. Elle paraît parfois bien sombre, même terrible et pourtant, la technologie a tant de fois servi l’humanité qu’il est impensable de la rejeter. Les enfants jouent toujours, des abeilles butinent des fleurs géantes, on imagine des robots qui s’étirent après une longue journée de bureau nous laissant le loisir de mener nos vies.

Le pire est-il possible ?
Oui bien évidemment. À jouer les Prométhée nous risquons un jour de nous brûler les doigts et certainement un peu plus.
Toutefois, il ne faut peut-être pas non plus jouer les Cassandre et inventer des lendemains qui rappelleraient Ravage de Barjavel.
C’est ce passage sur le fil qui interpelle dans ce petit livre, presqu’un roman d’anticipation par sa forme.
Les ouvrages dystopiques et utopiques pullulent dans la littérature mondiale. Des futurs abominables, la révolte des robots façon R.U.R. de Karel Čapek est une optique envisageable. Mais il y a aussi des possibles à inventer du côté de Un psaume pour les recyclés sauvages de Becky Chambers.
Bref, rien n’est acquis et rien n’est désespéré.
Il n’empêche que les photographies d’Une époque formidable ouvrent bien des questionnements, des interrogations. Jean-Christian Bourcart ne se pose pas en démiurge, en prophète. Au contraire, il ouvre le champ de la réflexion de fort belle manière.
Le travail de Jean-Christian Bourcart est visible ici
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