Collectionner les tombes – André Chabot

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©André Chabot

Certains collectionnent les timbres, d’autres les incunables. André Chabot, artiste, lui collectionne les tombes, ou plutôt les photographies de sépultures. Depuis cinquante ans, il arpente les cimetières sans distinction de pays, de continent ou de culture, procédant à l’accumulation, l’inventaire, des tombes, nécropoles et autres sculptures.

Derrière cette forme d’obsession se cache pourtant un enjeu réel. L’art funéraire, du XIXème siècle à nos jours, tend peu à peu à disparaître face à une uniformisation croissante et cette tentative d’inventaire permet, avant tout, de conserver sa mémoire.

Une partie de cette œuvre a été publiée aux éditions Païen (Lia Pradal) dans l’ouvrage Collectionner les tombes.

Celui-ci en plus des photographies comporte des textes de Lia Pradal, Sylvain Besson et Ambre Charpier. Des photographies d’André Chabot et de son atelier prises par Marie Quéau complétent l’ensemble.

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Au sein d’une pochette à rabat, en carton rigide, des cahiers cousus au nombre de douze. Nous déambulons dans ces sections pas à pas. Chacune traduit, grâce à une sélection stricte et rigoureuse, un élément de ce témoignage funéraire. Des chapelles aux tombeaux, en passant par les caveaux personnalisés, des cryptes et des ossuaires, tout est passé en revue. Ce qui impressionne d’emblée c’est la multiplicité des pistes à suivre quand on s’intéresse à ce type d’art. Des tombes uniformes de soldats tombés lors du Débarquement aux fantaisies macabres, des cimetières à l’abandon aux mausolées grandioses, il y a une infinité de constructions, de choix faits par les vivants ou le défunt, d’hommages. La Mort devient un Art.

Il ne s’agit pas uniquement de s’intéresser à l’Europe ou à la France. Certaines images viennent de fort loin, du Brésil ou du Japon, tandis que d’autres sont saisies dans la banlieue parisienne.

L’impression dense, aux noirs profonds, inspire un sentiment d’uniformité, et la majesté du romantisme noir n’est jamais loin.

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©André Chabot

Il y a un véritable art funéraire, qui va par-delà la simple archéologie. Là où l’archéologue construit une trace circonscrite du passé en datant, localisant, classant, André Chabot réalise une fresque où le temps long et les morts pèsent plus que leur souvenir.

Qu’est-ce qui se cache derrière ce foisonnement ? Une beauté.

Celle des cimetières militaires qui, par leur répétition géométrique, construisent une architecture singulière. Celle aussi des sculptures, mains serrées, animaux, chauve-souris et autres qui témoignent d’une volonté réelle d’ornement.

Mais à qui est destinée cette beauté ?

Aux vivants ? Aux trépassés ?

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©André Chabot

Certainement aux deux. Il y a fort à parier que certains choisissent sciemment d’être ensevelis dans de vastes cryptes, tandis que ceux qui restent rendent un hommage singulier en offrant une demeure que nous pouvons qualifier de belle.

Le pourquoi de ces choix ne nous appartient pas vraiment et après tout il n’a peut-être pas tant d’importance que nous pourrions le croire. Ce qui compte c’est le plaisir que nous avons à regarder Collectionner les tombes.

Et pourtant, quelque chose dans ce livre ressemble à un adieu.

Il faut aussi constater que notre époque perd peu à peu cette habitude de l’ouvrage singulier. Les tombes dans les cimetières s’uniformisent, du marbre lisse aux lettres dorées. Pourquoi ? Il y a sûrement beaucoup de raisons, certaines probablement bonnes. L’œuvre d’André Chabot a ceci de remarquable qu’elle pointe ce problème indirectement, révélant par l’inverse qu’un art se perd.

Le goût du beau, du grandiose, du baroque s’efface pour tendre vers quelque chose de plus collectif. La singularité s’appauvrit. Il ne s’agit pas de dire si c’est une bonne ou une mauvaise chose.

 L’artiste constate et témoigne.

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©André Chabot

 
Collectionner les tombes s’apparente à une vaste déambulation dans ce qui serait une nécropole mondiale. On croise des recoins abandonnés, presque ensauvagés, des géométries étranges, des croix et des reliefs. C’est beau, lent et étrangement mélancolique par instants.

On songe un instant à notre propre mort, et à l’après. Et on se prend, soudain, à devenir, nous aussi, taphophile.

Site d’André Chabot

Site des éditions Païen

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Frédéric MARTIN
Frédéric MARTIN

Frédéric Martin est chroniqueur et photographe. Il publie régulièrement des chroniques de livres de photographies sur son site 5ruedu.fr

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